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432 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

accroupis en rond autour d'une mule de selle, tout de blancs vêtus, le fusil ou le bouclier rond aux genoux, une vingtaine de soldats attendant silencieux leur maître attardé quelque part sur la colline impériale. Derrière eux, par la porte ouverte, on aperçoit deux femmes tenant en équilibre sur la tête, du bout de leurs bras nus, ces corbeilles au couvercle pointu qui servent au transport des viandes et posées à terre, se font tables où l'on mange. Au haut de la muraille, cependant, dans une sorte d'al- véole accroché à la paroi à la façon d'un nid d'hirondelle, une vieille démente, dépeignée, assise les coudes aux genoux, nous regarde passer et peut-être ne nous voit pas.

Mais tout, déjà, redevient solitaire. Tournant le dos au Guebbi, nous cheminons entre les haies dont les om- belles violettes se rejoignent au dessus de nos têtes. De tous côtés, nombreuses toucoules qu'ombragent de beaux arbres. Un peu de fumée bleue glisse et fuit sous les couvertures de chaume. L'odeur délicieuse de l'eucalyp- tus brûlé se répand. Je songe au parfum dont cette ville que je quitte se remplissait au soir tombant quand dans chaque hutte s'allumait un feu de feuillage et de brin- dilles aromatiques... — Pas une âme dans les enclos ou au seuil des cases. Pourtant, quand nous frôlons les murailles de pisé ou d'échalas, on entend parfois un bruit de voix, le grattement presque insonore de la harpe abyssine. On festoie là-dedans. Certains rires aussi, cer- tains cris énervés de femmes, font comprendre que ce n'est pas de musique seulement qu'est faite la réjouis- sance. Et puis, peu à peu, l'étroit sentier encaissé, oii se heurtaient les mulets, devient plus large. Les toucoules

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