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ADDIS-ABEBA 429

mes gens, le vieux jardinier arabe m'arrête. De sa main couverte de tatouages bleus, il saisit la bride de mon cheval. Les anneaux de cuivre pendus à ses oreilles, son turban de soie, brillent moins que son grand nez crochu. Il me bénit au nom d'Allah, longuement, cependant qu'agenouillé dans le sable, le portier, vieil Abyssin tout cassé, appuie mon étrier sur son crâne chauve et le baise en invoquant la Trinité, la Vierge et Taklé-Manot. Je franchis la porte enfin. Les mulets sont loin ; ça y est cette fois, me voilà parti...

Sur la route que bordent des haies épaisses, des murs de terre, des bouquets d'eucalyptus, personne ne passe. C'est lendemain de Pâques. Pour célébrer l'Afassega et la fin du carême, depuis deux jours et pour trois jours encore, les Abyssins boivent et godaillent, enfermés chez eux. A la porte des huttes rondes, dont on aperçoit entre les clôtures les échalas mal ajustés et les perruques de chaume, personne, sinon de temps en temps une servante à la longue robe sale, aux cheveux ras, qui vient déposer sur le seuil une jarre vide et disparaît aussitôt. La place du Marché, l'immense Guebbaya, aperçu un instant au tournant de la route, est vide et vaste entre les boutiques closes qui le bordent, ces maisons de bois peintes en bleu, en blanc, en vert, aux balcons avancés, au toit de tôle, où des Indous barbus, à calotte de soie et la chemise passée par dessus le pantalon, vendent tout ce qui peut tenter le tâcheron grec, le nègre du Nil ou l'Ethiopien vaniteux et puéril. Le bâtiment aux cents portes de la Douane est fermé pareillement ; trois mille femmes, l'autre samedi, se pressaient à l'ombre de ses murailles.

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