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Comme je me risquais à lui dire mon opinion : que Patmore est un plus grand poëte que Termyson, l’éminent critique me reprit vivement :

— Poets are not schoolboys !

Peut-être aurais-je dû dire : " un meilUur poëte " ; car en effet il est oiseux de se demander lequel des deux est le plus artiste. Mais je puis aflirmer ceci : que, poiu" ma part, je dois plus à Patmore qu’à Tennyson, en joie, en enseignement moral et en émotions lyriques. Chez Tennyson je sens trop le poëte d’une époque, et pour tout dire d’une classe, d’une classe dont les méthodes d’enseignement, les idées, les aspirations, ont opprimé mon enfance et ont longtemps tenu ma pensée dans un douloureux esclavage. Je sens trop chez Tennyson le poëte de la bourgeoisie ! Je hais son déisme vague, son darwinisne, son chauvinisme, sa croyance insensée au progrès. Je sens en lui le secret mépris du corps et de la matière vaincue. Au contraire, je vois chez Patmore des idées éternelles qui dominent les siècles, qui sont comme le sel qui consers’e toutes choses ; l’instinct et la raison humaine harmonieusement équilibrés ; le respect du corps et le sentiment exact de la matière ; ime sorte de mathématique morale. Chez Tennyson, je vois une belle Déesse Raison ivre de sa beauté. Chez Patmore, c’est une vertu sereine et militante, quelque chose de cette Paix " qui dlpasie — c’est-à-dire^ qui est plus intelligente que,[1] — tout entendement.^*

Valéry Larbaud.
  1. La parenthèse est dans Patmore.