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368 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

L'histoire la plus touchante est celle de Marius, le maçon, qui perdit sa femme. La voici :

" Comme il rentrait, un soir, à l'enclos, sa journée finie, il l'aperçut de loin assise sur une borne du chemin. Elle était venue au-devant de lui, comme pour lui dire adieu, la pauvre femme. En la voyant il pousse un cri : c'était la première fois depuis leur mariage qu'elle venait l'attendre. Qu'avait-il pu se passer ? Elle le rassura.

— Je ne me suis pas sentie bien tout aujourd'hui, et, comme Claude, Claudon et Claudine ne sont pas encore rentrés, j'ai eu peur toute seule, et je suis sortie sur la route. Je suis tout à fait bien maintenant.

Elle pris son bras, et ils s'acheminèrent vers la maison. Elle marchait avec peine, traînant ses pieds dans la poussière, et c'était un petit nuage blanc qui s'élevait à leur passage, dans le crépuscule.

Un ciel d'orage charriait de gros nuages d'ouate noir ; au- dessus des murailles basses de l'enclos, les cyprès du cimetière se dressaient funèbrement.

— Allons, ma pauvre vieille, un peu de courage, répétait Marius. Nous y sommes, va, tu pourras t'asseoir.

Et, comme il l'aidait à franchir le seuil, elle s'affaissa dans ses bras et rendit l'âme.

Quand Claude, Claudon et Claudine arrivèrent, la nuit était venue. Un bruit de sanglots venait de la maison, et ils trou- vèrent Marius, couché à terre contre le cadavre de sa femme, dont on ne put l'arracher... "

N'est-ce pas que cela est vivant, prenant, et qu'il y a une beauté dans cette simple narration d'un petit fait humain ?

J.c.

��L'ÉVENTAIL DE CRÊPE, par Edmond Jaloux. (Pierre Lafitte et Cie.)

On voudrait pouvoir aimer ce roman non seulement dans sa réussite qui est, elle, prestigieuse, mais dans son intention.

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