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PAYSAGE DE LA TRENTIÈME ANNEE 36 1

ressemblant à des trônes. A travers les déchirures du brouillard on apercevait la mer, sans cesse interrompue par des récifs, des promontoires, des îlots d'abord noirs et opaques, mais de plus en plus transparents à mesure qu'ils étaient plus loin, diaphanes à l'horizon et se confondant avec la splendeur des eaux : un son qui se perd en mon- tant.

Je m'avançai jusqu'au bord de la falaise. Est-ce parce que je fus tout à coup saisi par le froid que je sentis davantage l'infini de mon isolement ? Je me serrai plus fort dans mon manteau. De quel impétueux et pitoyable désir de bonheur ma mélancolie était-elle l'envers ? Paysages méditer- ranéens, vies héroïques et courtes, voluptés que la beauté exalte, ô toutes les chimériques ivresses du soleil, de l'amour et de la gloire !...

La terrible, la torturante envie se réveillait. Je fermai les yeux pour la mieux regarder.

Quand je les rouvris, le vent avait dissipé la brume et je pus voir à mes pieds la ville de Hammerfest. Dures syllabes, clair et ferme bruit des forges obscures d'où sortent les armes et les outils. J'eus honte de ma faibesse. Cette ville était là comme un problème de géométrie ; elle en avait la rigidité mathématique, le dénûment, l'affirma- tion acérée. Des maisons de bois, alignées avec ordre, semblaient poser sur la terre, (non point en germer.) Les lignes des rues se coupaient comme

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