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PAYSAGE DE LA TRENTIEME ANN^E 357

toute vie, que tout autour de moi était mort depuis longtemps, comme autour d'un vieillard qui dure plus que sa génération. Et je restai acca- blé par une funèbre indifférence.

Mon hublot ouvert laissait entrer une fraîcheur immobile et salée qui finit par me transir. Je le refermai et demeurai sans mouvement sur ma couchette, sentant, plus que sa tiédeur, la mollesse glaciale du flot si proche, qui cédait, cédait sous moi, et me laissait choir à des profondeurs dont seul le temps que je mettais à les atteindre pou- vait mesurer l'immensité.

C'est alors que, m'étant endormi, je rêvai ceci : je m'apercevais enfant, traversant une immense étendue couverte de neige. J'avançais dans la plaine, courbé en crochet pour mieux résister au vent. D'un côté, où l'horizon était un peu moins fermé, un scintillement incertain de temps en temps traversait l'épais rideau blanc. Bientôt je vis des lumières aux fenêtres béantes d'une vaste construction où je compris aussitôt que je me ren- dais. Les courants-d'air dans les portes étaient plus tranchants que des couteaux, tous les murs étaient de neige et les salles si vastes qu'il était difficile de savoir à quel moment on commençait de se trou- ver à l'intérieur du palais, car naturellement il n'y avait pas de plafond ; rien que la voûte noire où scintillaient les étoiles. D'où donc provenait la clarté que j'avais vue aux fenêtres .-^ Je dus traver-

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