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PAYSAGE DE LA TRENTIÈME ANN^E 355

hiver. Qu'importe ? L'air est plein de frémisse- ments, les choses retrouvent leurs proportions authentiques, et puisqu'il y a un printemps, voici qu'à l'hiver est rendue sa signification. Le rapport, la différence lui confèrent un sens nouveau. Je marchais dans un étroit vallon, délicieusement au soleil ; un petit cheval y paissait en liberté. Dans le ruisseau se jouaient des poissons, un oiseau chantait.

L'amour s'attendrissait en moi, il pleurait et appelait, lui qui naguère était isolé comme un cri dans un ravin de pierre, sec comme une trombe de sable au désert. La nature me prenait douce- ment par la main et je cédai comme un enfant fatigué.

III

Nous étions déjà haut, le cercle polaire depuis longtemps dépassé, lorsque, dormant étendu sur ma couchette, je fus réveillé par un craquement pareil à celui d'un os sous les crocs d'un chien. Des pas inquiets couraient sur le pont, je sentais le bateau virer, faire machine-arrière, grincer dans ses gonds. Ma montre était arrêtée. Il faisait jour dans ma cabine, un jour auquel il eût été im- possible d'attribuer une heure, un climat, une saison — jour abstrait et comme sans motif. M'agenouillant sur l'étroite planchette qui me servait de lit, je regardai dehors. Je vis alors un

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