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PAYSAGE DE LA TRENTIEME ANNÉE 353

Seigneur, dans la solitude. Sur cette terre où je ne trouve pas le moindre brin d'herbe à cueillir, fais jaillir mes sources chaudes, ô mon Dieu, qui es toi-même toute chaleur...

Les feux de mon bord me guidant, je redes- cendis longuement à travers le pays que l'obscurité déjà commençait d'effacer. Le lendemain et les jours suivants encore, la fatigue me tint lieu de paix — nous contournions l'île, voguant dans la clarté diffuse d'un brouillard qui se colorait au moment du couchant et nous ensevelissait comme au cœur d'un quartz rose.

Le bateau se réveilla amarré au fond d'un fjord où le ciel reflétait ses beaux nuages blancs. La nappe d'eau s'étendait à l'aise, comme un lac, entre des montagnes qui paraissaient lointaines, des col- lines douces qu'un peu de verdure animait. Quel- ques douzaines de maisons de bois, rangées sur une ligne, suivaient les faibles découpures de l'anse. Le paysage n'avait pas le caractère gran- diose de l'autre côte. Pauvre plutôt que dépouillé, il était surtout quotidien. Autour des maisonnettes d'inutiles et méticuleuses clôtures divisaient une partie des terrains en jardinets où ne poussait pas autre chose que ce qui se trouvait également en dehors. — Quittant la route, j'entrai dans la cam- pagne pour toucher authentiquement la terre. — Je la trouvais morcelée à l'infini en petites mottes gazonnées entre lesquelles j'entendais sourdre

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