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2S'^ LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

troublant à peine les flots. L'interrompant, il rendait la solitude plus poignante, pathétique jus- qu'à l'inexprimable.

Comment pendant de si longs jours, ma vie avait-elle résisté à cette tension insupportable et sans objet . Devait-elle, une fois de plus, lancer dans le vide les flèches brûlantes de son ardeur .?

Nous passâmes en les rasant de près, quelques rochers isolés dans la mer. Un coup de canon parti du bord, d'une de leurs parois détacha un grand rideau blanc qui se déroula, ondula, frémit et se déplia encore. D'innombrables oiseaux de mer formaient cette draperie dont les battements finirent par envelopper de toute part le navire. Les perroquets de mer tourbillonnaient en criant, la mer souriait, le soleil souriait, c'était une pluie de pétales blancs, un intermezzo rieur, un spectacle naïf où mes yeux se délassèrent d'avoir si long- temps fixé, au nord, la ligne qui sépare l'eau et le ciel.

Le soir du même jour, l'Islande apparut. J'eus la sensation du reconnaître.

C'était en grand, en réel, la solitude glacée qui m'envahissait chaque fois qu'enfant penché sur la mappemonde je m'aventurais très loin à gauche de la Norwège, là où on est sûr qu'il ne peut plus y avoir aucune île,et que j'y rencontrais ces contours, concentrés, d'où jaillit d'un côté comme un bou- quet de flammes. Je restais persuadé que ce pays

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