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PAYSAGES DE LA TRENTIÈME ANNÉE 349

Pour achever la tristesse de cette heure d'après- midi, un orgue de barbarie dévidait un air italien qui se traînait sur le gravier et entre les haies comme une bête malade. Dans le ciel, la tempête secouait les nuages et au dessous, la mer s'étalait, immense.

Ensuite pendant de longs jours, le bateau avança dans l'eau qu'on sentait devenir plus froide ; il y avait de la mer assez pour le faire tanguer, sans toutefois ralentir sa marche. Appuyé au bastingage, les yeux obstinément vers le nord, une volonté sans nom était si forte en moi que sa seule pous- sée, semblait-il, eût suffi à faire avancer le navire. Au loin c'était l'horizon blême des soleils de minuit. L'air était trouble ; la clarté venait de l'eau où de larges plaques bleuâtres paraissaient de la glace fraîchement fondue. Cette eau devait être lourde. On en découvrait des plaines à l'infini, étrangement encore au-delà des limites de la mer, comme s'il y en avait eu jusque dans le ciel. Quand par moments la lumière devenait plus intense elle créait des minutes d'allégresse extraor- dinaire. Ce n'était plus alors que transparence, limpidité exaltée dont toute matière paraissait absente. Dans cette eau implacable se jouaient des oiseaux. Le jour viendra-t-il où me sentant pareil à eux, je plongerai dans un élément aussi froid sans que pour cela mon cœur ralentisse ?

Assez loin de nous, un énorme cétacé surgit.

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