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34^ LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

droit s'effarait de sa blancheur. Sur une sorte de margelle au bord de l'eau, j'aperçus un village étroitement tapi ; serré par la roche, guetté par la mer, il m'apparut comme une mousse qui défend, dans l'ombre, sa précaire existence. Le soleil ne doit y arriver que deux ou trois fois l'an, par de rares journées de juillet. Ces rochers ont de grand ; replis noirs. Nul accident ne les interrompt, nulle vie ne les anime, autre que celle des eaux qui flot- tent de toute part, descendant en larges nappes, en minces cordons d'argent, en cascades irisées. Elles choient dans le vide, déformées à mesure qu'elles tombent, bousculées, avançant vers les aspérités de longs doigts qui tâtent pour trouver où s'ap- puyer. Entraînées vers l'abîme, elles ne sont plus quand elles y arrivent qu'un informe bouillonne- ment d'écume. La fatalité d'une loi préside à leur chute. Rien n'y fait. Malgré leur déroute, leur affollement, qu'elles essaient de s'accrocher ou de se lancer plus vite, leur rythme est toujours pareil, aux mêmes endroits subissant les mêmes accéléra- tions, les mêmes temps d'arrêt. Il y en a qui se relèvent par la force même de leur élan contre un obstacle et se transformant en vapeur, ondulent au dessus du gouffre comme une écharpe dépliée par le vent.

Cependant à avancer si peu, et malgré la curio- sité occupée de mes yeux, l'impatience allait me gagner, quand au soir d'une journée durant

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