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PAYSAGES DE LA TRENTIEME ANnIe 339

sons un convoi de mulets et peu à peu nous nous élevons à la hauteur du col. Le chemin y vire à angle aigu, et pareil à une porte ouverte sur un balcon sans balustrade, s'arrête devant le vide. A nos pieds s'étend le golf de Sagone. Est-ce la cou- leur, est-ce la forme de l'espace . Une allégresse en jaillit, une plénitude, une beauté qui me prend comme un vertige. Méditerranée unique à conci- lier la gloire avec la volupté ! Avec quelles effu- sions et quel abandon, avec quels chaotiques désirs

t'ai-je aimée ce matin-là ! Les montagnes

s'étagent autour de la baie comme de calmes géants, avec une puissance assurée que rien ne presse. Elles descendent, se défont doucement, passant par la forme de riantes collines qui arrêtent la mer. D'amples vallées rythment leur succession. Le paysage ouvert respire à l'aise, il est ordonné comme un temple et nombreux comme un orches- tre. Quelle ivresse dans cette rapide descente vers le littoral. Nous voici à deux pieds de la mer. Le tumulte des vagues contre les récifs n'est rien à côté de celui qui bondit à moi. Est-ce joie, est-ce douleur ^ C'est un afflux de vie informulé, insup- portable, une force déchaînée qui n'a pas de nom; du sentiment inemployé. Tout ce dont sans doute je faisais naguère mon logique désespoir.

Il y a des chèvres, des genêts d'or, — nous passons au travers de fortes effluves de parfum. Du côté de la terre, le ciel se couvre peu à peu et

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