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PAYSAGES DE LA TRENTièME ANNEE 337

Stations. A mon cœur endolori, ce jardin est une caresse de parfums et de douce lumière verte.

De la Barbicaia, par la route des Sanguinaires, on va vers les îles du même nom, qui sont à l'ou- verture de la baie. Ce chemin d'un côté longe la mer, de l'autre le cimetière dont le sépare une redoutable haie de figuiers de Barbarie. La cité des mausolées n'en finit pas, elle est plus vaste que la ville qui lui fournit ses morts. La route s'écarte du rivage pour faire place à un troisième jardin, qu'un plus total délabrement et le clapotis des vagues au pied des vieux arbres font pathétique et romanesque. Je le fuis, le danger est trop grand d'y noyer dans l'attendrissement la difficile rési- stance de mon cœur. Les sirènes doivent le hanter, et j'ai juré de ne plus céder à aucune promesse de bonheur.

Mon âme est un désert de pierres, une carrière pleine de débris, sèche, silencieuse ; nulle semence n'y pourrait germer. Mes cordes sensibles s'ossi- fieront peu à peu et cesseront de vibrer. Je me figerai dans une attitude morne mais supportable. N'ai-je pas déjà parcouru toutes les routes et tous les sentiers du désespoir.-' Mes journées s'éternisent, lourdes comme autant de montagnes sur mon cœur. Seul mon esprit s'agite faiblement, pareil au vent dans l'herbe sèche. — Pitié de ceux qui m'aiment, car je sens en moi une volonté de destruction plus forte que leur amour.

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