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NOTES 255

��TRADUCTIONS

CHITA, UN SOUVENIR DE L'ILE DERNIÈRE, par Lafcadio Hearn, traduit par Marc Logé (Mercure).

Ce livre montre admirablement les qualités et les faiblesses de cet auteur étrange, brillant, quelquefois puissant et plus souvent artificiel. La première moitié du volume, toute en descriptions d'atmosphère tropicale, raconte la vie heureuse et comme féerique d'une petite île de pêcheurs, devenue plage mondaine, non loin de la Nouvelle-Orléans, et qu'en 1856 un cyclone anéantit complètement. Faune pullulante, flore rare, buée bleue où baignent les Antilles : beaucoup de pages qui les décrivent sont capiteuses, évocatrices, fantastiques même ; un certain sens mythique anime ces récits et s'efforce à nous faire sentir les sourds désirs, la confuse vie des éléments. Mais combien la moindre page de Stevenson, sans tout cet étalage d'ingéniosité et de recherche, nous remplit de plus de nostal- gie ! Et à quoi sert de nous parler de pays inconnus, sinon précisément à nous causer ce trouble, cette angoisse impatiente et exquise qui nous excite et nous engourdit à la fois ? Rien de pareil dans l'exotisme de Lafcadio Hearn qui laisse indifférente notre sensibilité profonde pour ne stimuler que l'imagination poétique. Hâtons-nous d'ajouter qu'en ces morceaux minu- tieusement travaillés, traversés d'intentions de toutes sortes, la trahison d'un seul mot détruit tout l'effet désiré ; or, plus d'une fois, la traduction est manifestement maladroite.

L'approche du cyclone, les premières menaces, les trom- peuses accalmies, la nuit d'horreur, l'écroulement de l'hôtel emporté avec tous ceux qui l'habitent, l'anéantissement soudain d'une population entière, tout cela est poignant et ne manque pas de puissance. Des traits précis, des touches choisies avec justesse, comme plus tard le fera Kipling, se combinent à une sorte d'idéalité, de mysticisme bien anglo-saxon, et qui nous semble insupportable dès qu'il n'est pas de tout premier ordre.

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