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NOTES 249

une porte entr' ouverte et tout aussitôt refermée. M. Ossip Dyraof fait de la discontinuité le principe de son art, alors que la plus éminente vertu dramatique gît peut-être précisé- ment dans la continuité, l'enchaînement et la motivation. Sa pièce est une série de tableaux, ou plutôt de visions instantan- nées, d' " impressions " comme disent les peintres.

Mais ce qui, dans Niou, provoque l'étonnement, c'est d'y voir une esthétique impressionniste, ou réaliste, entrer en combinaison avec une autre tendance, de nature sjTnboUste. La synthèse tentée par Ossip Dymof pouvait être féconde. Elle mérite de retenir notre attention... La suggestion partout substituée au discours, une certaine quaUté trouble de l'atmos- phère et la présence éparse de la fatalité, les restrictions du dialogue dont un échange muet et presque inconscient de pensées comble les intervalles, ce balbutiement passionné, cette éloquence étranglée, ces significations profondes prêtées aux propos les plus ordinaires et ce retentissement mystérieux aux moindres signes matériels, — voilà bien ce qui constituait pour nous, naguère, la captivante étrangeté des petits drames de Maeterlinck. Mais Niou n'est point une féerie métaphysique. Cette pièce ne comporte ni machinerie spéciale, ni truquages poétiques, ni vieillards sentencieux. Elle se déroule dans un milieu connu, à l'occasion du plus banal fait divers, entre des personnages d'apparence et de mentalité quelconques : une jeune femme tourmentée, un mari jaloux et pusillanime, un amant médiocre. Les procédés spéciaux que Maurice Maeter- linck, dans sa première manière, appliquait — non sans se donner libre jeu pour en obtenir le maximum d'effet, — M. Ossip Dymof a pensé qu'ils constituaient, tels quels, une acquisition, un enrichissement de la technique dramatique, et il a voulu s'en servir à son tour pour scruter avec plus d'origi- nalité certains rapports humains.

On peut, dans quelque mesure, lui donner raison. Oui, dans certaines conditions et pour certains moments du drame, la recherche d'une expression moins articulée, cette espèce d'auscultation du silence et d'obéissance au subconscient, peuvent venir accroître la force pathétique et servir d'un neuf

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