Ouvrir le menu principal
Cette page n’a pas encore été corrigée


240 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

1886, apparaît le néo-impressionnisme, développement normal des recherches précédentes et qui, d'après cette tradition, a donc droit encore à quelques années de luttes et de travail avant que soit agréé son apport. " Le quart de siècle, exacte- ment, est écoulé, et ce n'est plus autour des œuvres de Seurat, de Cross, de Signac, de Van Rysselberghe que se livre la plus récente, la plus vive, la plus tapageuse bataille. Ce qui dans leurs découvertes de coloristes a une valeur pour ainsi dire scientifique commence à passer dans le domaine public de la peinture. Il n'est pas besoin de se faire, de l'emploi constant des couleurs complémentaires et de la juxtaposition des teintes pures, une méthode habituelle de travail, pour recon- naître la merveilleuse force de ces procédés et savoir à l'occasion en tirer profit. Quant au parti-pris rigoureux auquel s'est astreint le groupe des néo-impressionnistes, il a perdu, sur le grand public, le plus beau de son pouvoir de scandale ; on commence à pouvoir en discerner le faible et le fort, l'exaltante vibration, la sensualité saine et sans langueur, souvent aussi la vertu nn peu raide et glacée. Si l'on a vu Cross et Signac ne rien abandonner de leurs principes, on a vu d'autre part Théo Van Rdsselberghe se permettre des touches plus variées et des couleurs qu'il n'empruntait plus au prisme solaire. On a le sentiment que le divisionnisme nous réserve encore la surprise d' œuvres fortes et mûres, mais plus celle d'une tendance et d'une méthode révolution- naires. De nouvelles ambitions et de nouveaux besoins entraî- neront vers d'autres problèmes les enthousiasmes des jeunes gens et les effarements de la foule. Il en résulte que quelque- fois l'argumentation de M. Signac enfonce des portes qu'on a peine à s'imaginer fermées.

Mais ce qui reste admirable en ce plaidoyer c'est la parfaite objectivité du ton. M. Signac parle de l'effort de sa vie entière comme Thucydide, dans son Histoire, mentionne son propre rôle, avec précision, sans aucun changement dans la voix. Si tant de maîtrise de soi entraîne une sécheresse un peu distante, on aurait mauvaise grâce à s'en plaindre. On ne saurait non plus demander à ce traité d'être un catéchisme de

�� �