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��NOTES

��MORT DE QUELQU'UN, roman, par M. Jules Romains. (Figuière).

Voilà l'histoire simple, ingénieuse, émue, de la " mort de quel- qu'un " — quelqu'un, c'est à dire n'importe qui, une personne humaine aussi médiocre que possible, aussi pauvre de carac- tère que de relations : en l'espèce, le mécanicien Godard. Or il semble, tous liens coupés, qu'il va disparaître sans laisser de trace, comme un zéro au bout d'un nombre décimal. Mais il n'y a rien de trop, rien de trop peu dans le monde; tout y fait événement. Ce pauvre homme est le centre d'un réseau de pensées modestes, qu'il tire à lui en s'en allant; il va continuer à vivre, par la vertu même de l'accident qui l'emporte, d'une vie multiple et diverse, et pour un moment renforcée, dans la pensée de quelques-uns. Il revivra dans la pensée de son concierge qui constate la mort ; dans celle de ses voisins inconnus; dans toutes les pensées que va atteindre la nouvelle; dans l'indifférence de ceux-ci, dans l'émotion de ceux-là; il revivra dans le passant qui saluera par hasard le cortège. — Et, qui sait ? après bien des mois, son souvenir engourdi pourra se réveiller encore, dans l'âme d'un jeune homme qui ne le connut pas et vint, par déférence, à la cérémonie, et il sera le prétexte anonyme d'une vaste méditation sur la mort.

Schéma singulièrement neuf et bien moins de roman que d'épopée psychologique : la marche d'une idée dans une cen- taine de cerveaux. Sujet singulièrement humain : l'aventure de notre '* survie. " Ah 1 que je voudrais être sûr que M. Jules Romains n'a pas écouté son système, mais l'émotion la plus pressante pour écrire " Mort de Quelqu'un. "

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