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206 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

un précédent article, ^ et à quelques autres de nos tour- menteurs, il a créé un beau pion d'art dont le portrait a été récemment recueilli dans les Cahiers du Centre. ' Si on enlève des chapitres V et VII du manuscrit tous ces épisodes, que reste-t-il ? Quelques pages vraiment faibles et fades, ^ et à la fin du chap. V cet admirable " Hymne à sa mère " que Philippe n'a pas dû couper sans un serrement de cœur, mais qu'il a coupé tout de même, parce qu'il ne pouvait l'insérer nulle part sans détruire l'ordonnance de son livre.

Ainsi j'arrive aux raisons décisives qui ont porté Phi- lippe à réduire de moitié le premier d'entre ses livres qui n'est plus un essai, mais une œuvre. Ce sont des raisons d'architecte. Dans le premier état du manuscrit, les huit chapitres de la Af^r^^^/'£'«^«^ sont parfaitement indépen- dants les uns des autres; il ne sont réunis que par un lien chronologique. Philippe construit par simple justaposition des matériaux un livre à la mode allemande ou slave, sans composition apparente, sans relief ni trous. Mais qui d'un fourré prétend faire un jardin doit y percer des allées. Philippe relit ses huit chapitres de " Mémoires ", et son instinct d'artiste n'est pas satisfait. Le seul principe d'art qu'il y trouve, c'est une sorte de symétrie involontaire, fournie par la vie qui fait succéder le calme aux peines et le travail au sommeil. Les quatre chapitres pairs du manuscrit sont émouvants et dramatiques ; les quatre chapitres impairs sont paisibles et vides d'action; chaque ascension douloureuse est précédée d'un palier de bonheur.

^ Nowvelle Renjue Française, 15 fév. 19 10.

  • Philippe, Faits Di'vers.

' Ed. majeure, p. 116-120

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