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184 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

La grande voix de Meredith peut rassurer nos cœurs, éclairer nos esprits.

L'Ode à la France, ce long cri d'amour et de con- fiance, a été jetée à la face du triomphateur germanique en décembre 1870. 11 n'est pas inutile de réveiller aujour- d'hui ses échos. Il a été jeté par un Anglais, au moment où tous les préjugés insulaires, religieux, moraux, politi- ques, sportifs, inclinaient tout bon Anglais à admirer le vainqueur et à mépriser les vaincus. Cet Anglais sin- gulier s'adresse nommément à tous les hommes civilisés, y compris les Anglais, et leur dit : " les vaincus ont été plusieurs fois les maîtres de l'Europe. Ne l'oubliez pas. Mais cela n'est pourtant rien ou bien peu de chose. La raison claire et courageuse, la force invisible qui renverse les mondes, c'est cette France honnie qui en a été le foyer créateur. La Révolution française, c'est le Christ et c'est Prométhée. Elle plie momentanément : c'est pour avoir renoncé un instant à elle-même. Apprêtez- vous, nations, à suivre bientôt le nouveau chemin qu'elle ouvrira. "

Et sans doute c'est le langage même de Quinet, de Michelet et de Hugo. Et la stricte assimilation du drame international à une histoire morale, les réminiscences bibliques, la grandiloquence et les termes de philosophie peuvent à certains endroits nous étonner. Mais la com- position vaste et claire, la vision nette de l'idée essen- tielle, et l'intense amour qui fait vibrer chaque vers emporte l'admiration, et un mouvement du cœur plus profond encore. Ce qui demeure d' " insularité " dans la conception proposée par Meredith des rapports de la raison et de la force, de bon sens sportif par exemple

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