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l6o LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

foyer ? Mais c'est chez nous que cette conception dramatique atteint sa parfaite rigueur. Corneille pouvait montrer les amours de Rodrigue et de Chimène traversés par toute espèce de contretemps comme il irrivait dans les romans de chevalerie. Il pouvait exercer leur constance contre des oppres- seurs, des rivaux, des séductrices, des magiciens. C'eût été du théâtre d'aventure. Quelque terribles qu'eussent pu paraître les adversaires des héros, nous savons que ceux-ci en seraient venus à bout. Le poète n'en est pas à quelques batailles près, ni à quelques invraisemblances et son rôle n'eût été que de prolonger notre attente. L'admirable inven- tion de notre théâtre classique, c'est précisément d'avoir cherché des obstacles qu'on ne peut ni tourner, ni vaincre. Bien plus, le héros ne peut les écarter qu'en se dépréciant, en s'avilissant ; de là le vrai conflit tragique, c'est-à-dire sans issue. Ce code d'honneur qui force Rodrigue à tuer le père de Chimène est implacable. Le contester c'est pour un seigneur espagnol se contester soi-même. Rodrigue n'est plus sans lui qu'un aventurier. Et de même, sans cette raison d'Etat qui force Titus à se séparer de Bérénice, l'empereur n'est plus qu'un tyran. Tant que les lois de Rome restent sacrées, celui qui la gouverne revêt un caractère auguste, plus rare, plus enviable que tous les autres biens. Plus Titus est noble plus il est esclave. Or ces conflits moraux, toutes les civilisations

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