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148 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

Le latin fait des Français véritables, parce qu'il fait des aristocrates.

Aristocrate, aujourd'hui, veut dire l'homme qui a le sens des valeurs, au milieu d'une plèbe qui l'a perdu. Aristocrate, l'homme qui sait la langue qu'il parle, ou qui tâche à la savoir. Aristocrate, le peintre qui peint et qui dessine. Aristocrate, l'artiste qui a le respect de son art, et qui ne le ravale pas à se laisser confondre avec le premier coquin venu, barbouillant, modelant, écrivaillant pour tuer le temps et jouir de sa paresse...

L'homme qui a le sens des valeurs est un prince en exil, au milieu de l'anarchie. Et je l'entends du sage ouvrier comme de Flaubert lui-même : aristocrate au premier chef, l'homme qui croit à ce qu'il fait et qui a honte de gâcher la besogne.*»

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Deux esprits aussi différents que Suarès et Anatole France se rencontrent sur le terrain des humanités. L'auteur du Lys Rouge dit dans un interview du Temps :

" Laissez-moi aller au-devant d'une objection d'un autre ordre qu'on présente couramment. On cite tel écrivain qui n'ayant jamais appris le grec, ni le latin, compose cependant une belle œuvre dans notre langue. Et de conclure que le sort de la langue française n'est pas si étroitement lié que nous le prétendons au sort du grec et du latin. Je vais prendre un exemple. M"' de Maintenon, qui n'a pas appris le latin, écrit aussi bien que M"* de Sévigné à qui la langue de Pline est familière. Et bien ! le fait ne va pas contre ce que j'ai dit. M"* de Maintenon vit dans une société où presque tous ont appris le latin ; M"' de Maintenon profite nécessairement de cette fréquentation constante.

" Je ne dis pas qu'il faut que tout le monde apprenne le latin ; je dis seulement qu'il est nécessaire qu'on ne diminue pas le nombre de ceux qui apprennent le latin, et qu'il faut écarter toute mesure devant avoir pour résultat d'affaiblir l'enseignement des humanités."

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