Ouvrir le menu principal
Cette page n’a pas encore été corrigée


LEVY 113

Loubatié plonge jusqu'au cou en pleine conversation élec- torale. Ils sont les uns sur les autres. Les genoux gras du vice-président assis de champ lui brûlent les cuisses sous le drap noir et fatigué de son pantalon. Entre les inter- ruptions Lévy lui glisse son histoire.

— " On attend les résultats. Municipalité sortante réactionnaire. Tout va chez vous ? — Merci, de même. Et nous voici cinq. Trois petits nouveaux depuis votre visite. Deux garçons, une fille. — Ancienne minorité républicaine de dix-huit voix. Mais vous comprenez, les temps ont changé. On espère bien décrocher l'Hôtel de Ville à ce tour-ci. (Un sourire, un silence) — Tenez, voici celui de nos candidats qui sera maire si notre liste passe en tête. On saura ça avant huit heures. Oh ! un malin, vous pouvez m'en croire et même un honnête homme. Si, si ! (Un sourire) — Bonjour ! Rien de nouveau ? Merci. Adieu. Adieu. "

Le voyageur reste pétrifié de cette faconde. On lui a changé son homme. Mais la voix rauque et sourde ne le trompe pas. Et le sourire timide qui dément l'autorité des paroles ne trompe pas non plus. Ses étonnements doivent se lire sur sa figure, car, à deux tables de là, Davidowitsch se réjouit sans retenue. Et une figure laineuse aux yeux ternes, qui consomme à ses côtés, frappe Loubatié comme une sensation déjà éprouvée.

— " Oui, imaginez, trois petits, ce n'est pas une chose mince. Les affaires vont, merci. Vous devriez me com- prendre dans votre tournée. Je comptais sur votre visite. J'ai écrit à votre maison, il y a un an. Le saviez-vous ? — Je fais maintenant la motocyclette et la petite répara- tion d'automobile. Vous voyez, je suis assez satisfait. —

8

�� �