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112 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

plus près, il remarque que seul, au milieu de ces buveurs d'absinthe, Lévy boit de la bière.

La calotte d'Astrakan se démène parmi les chaises de fer serrées comme des strapontins de théâtre, et deux grands bras sémaphoriques s'abattent sur les épaules du vice-président.

— " Loubatié ! prah ! je te l'amène. Vois. "

Il crie si fort que la terrasse opère une conversion. La foule forme le cercle. Le Voyageur se trouve seul et se caresse la barbe avec bonne humeur en regardant le monde. On le prend pour un agent électoral.

— " Quelle nouvelle ? "

C'est un gros comitard, le gilet ouvert sur la chemise, la barbe taillée en touffe sous le menton, et les yeux à fleur de front, qui, renversé sur sa chaise et mâchant un reste de cigare, l'interpelle avec importance. Le Voyageur fait du plat des mains un geste amusé qui affirme son ignorance ; et le gros comitard détourne la tête avec dégoût vers l'intérieur de l'établissement.

Mais Lévy arrive en bombe et ramasse dans ses mains la main que Loubatié, sans le voir, laisse retomber. Et le Voyageur rencontre l'œil vairon, cerclé de rouge et plein de bonté que le petit marchand de cycles lève sur lui.

— " Ah ! Bonjour, Monsieur Lévy !

— " On ne vous voit plus. Pourquoi ? " répond l'autre avec son sourire navré.

— " Oh ! croyez bien que si j'étais repassé par ici —

— " Alors venez vous asseoir. Rien ne vous presse ? C*est qu'il fait déjà chaud pour la saison. "

Quelques grincements de fer sur le ciment, et Valentin

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