Ouvrir le menu principal
Cette page n’a pas encore été corrigée


890 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

Princesse de Broglie à M°" Panckoucke, à la Vicomtesse de Tour- non, où à la seconde M°" Ingres (vers 1860) ; passer du Bartoltni (supérieur à un Bronzino et l'égal presque d'un Titien, avec la matière des meilleurs Courbet) à celui de M. Devillers, 1811. Ce fonctionnaire pâle, rébarbatif, verdâtre, sous Tuniforme noir et argenté, a la saveur, l'étrangeté, l'accord mystérieux d'un Goya : est-ce le même œil qui l'a vu ?

J'avoue que je n'avais pas étudié jadis comme en cette mémorable exposition, le portrait de Af°" Ingres née Delphine Ramel, (de la 79* année de M. Ingres); ni celui de M""* Frédéric Reisit (1846) avec des boucles anglaises tombant de chaque côté du visage, sur la poitrine emprisonnée dans un cor- sage de soie écossaise ; ces toiles m'avaient repoussé parce que je n'avais pas su les regarder. La robe bleue de ïa Princesse de Broglie m'avait mis en fuite. M. Ingres est un auteur difficile et il sied de le fréquenter longuement, sans préjugés (mais qui en est libéré ?) avant d'être touché de la Grâce. Il ne saurait s'emparer dès l'abord, que des corrompus ou des Sages.

En revenant d'Italie, à mon entrée dans la Galerie Petit, je me sentais inquiet et gêné : mais après plusieurs visites la vérité m'a subitement éclairé et désormais je ne pourrai plus voir ces tableaux, si ce n'est comme des morceaux de pein- ture, de couleur subtile et très rare que je placerais à côté de Ver Meer — dont Ingres a, parfois jusqu'à l'atmosphère l'unité et le métier.

Le fond et le fauteuil, meuble assez laid, dans le magnifique portrait du Comte Mole ; la robe bleue et la nature-morte jaune paille et bouton d'or, dans celui de la Princesse de Broglie ; aucun exécutant hollandais, Terburg ou Ver Meer, n'ont réalisé de plus parfaits morceaux. Quant à la fantaisie du coloriste et à son goût infaillible, elle me fait penser décidé- ment à Goya pour les portraits et à nos plus chers florentins, aux orientaux même, dans l'Odalisque à l'esclave et le Bain turc, les deux perles de l'exposition

J. E. Blanche.

�� �