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88o LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

A dire vrai, M. Louis Bertrand nous présente dans Le Livre de la Méditerranée des morceaux travaillés qui ne sont pas tous nés spontanément du pays qu'ils décrivent, qui n'ont pas tous en eux-mêmes leur raison d'être. De ses romans méditerranéens il a détaché les pages brillantes où se déployait le décor de fond sur lequel devaient évoluer des personnages : de ses livres de voyages, les aperçus les plus purement pittoresques et les moins didactiques. N'était l'Enchantement de la Mer Morte longue relation inédite d'un pèlerinage singulier, nous n'admi- rerions ici que couleur, nuance, virtuosité verbale à la manière de Flaubert ; l'auteur serait absent du livre, aussi bien que ses créatures et nous étoufferions de soif dans la solitude brûlante d'un monde nu. Certes, voilà un noble don de peintre, mais réjouissons-nous de sentir que jamais il ne se suffit, que la valeur des romans, des récits de M. Louis Bertrand résidait moins ' dans l'éclat de la forme que dans leur structure profonde, et qu'un sens précieux de l'humanité se cachait sous cet éblouis- sement un peu dur. — Dans V Enchantement de la Mer Morte l'auteur se donne tout entier. On y salue l'observation avisée, qui fit de son Mirage oriental, un livre non seulement plastique, mais important.

Même quand il voyage sans arrière pensée de littérature, de mise au point sociale ou esthétique, on sent néanmoins chez M. Bertrand une sorte de tension cérébrale qui aurait honte de se relâcher ; il domine le paysage. Ce qui fait le vrai prix de M. Montfort voyageur, c'est au contraire un abandon, un " allant ", une absence de " défensive " qui se communiquent à ses lecteurs et les entraînent à sa suite irrésistiblement. Nulle coquetterie de style, peu de souci de généralisation ! — quand il généralise, pour moi, je ne le suis plus guère ; mais le cas est exceptionnel. Une désinvolture juvénile qui lui est propre, renou- velle sans cesse son émotion, émotion à fleur de peau et sans doute peu profonde, mais bien à sa place ici et non dépourvue de lucidité. Je ne crois pas qu'on ait écrit sur Naples des pages plus vivantes, plus attachantes et, j'imagine, plus justes.L'abon- dance des détails ne lasse jamais ; tous étonnent l'esprit et la sensibilité, tous se rejoignent — et sans préméditation. Tels sont

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