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766 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

��LE PRINTEMPS, poème dramatique de M. G. Chennevière, (Figuière).

Nous ne croyons pas faire tort à M, G. Chennevière, qui sans doute est jeune, en relevant dans son poème le Printemps la trace de maintes influences. Elles ne sont pas toutes de la meilleure qualité. Ici, le bondissement de Claudel suivant les pas de Terpsichore ; là, la médiocrité si volontaire du Jammes d'Existences ; pire : ce sentimentalisme faubourien de M. Char- pentier dans Louise; enfin, surtout, l'unanimisme de M. Ro- mains, dont M. Chennevière s'avoue, au sens le plus strict du mot, le disciple. On parcourt le poème : mêmes éléments que chez le "maître", même point de vue, même matière brute, même forme insonore... Pourtant il ne faut pas s'arrêter à l'aspect. Sautons le pas et répondons par une attention soutenue à ce frémissement qu'on sent malgré tout courir sous les mots, tendre, délicat, juvénile; cessant de feuilleter, lisons.

Le Printemps naît dans la ville, soudain, encore inattendu, comme un cri. Tous le saluent, tous s'en enivrent. Le voici dans la rue, le voici dans une famille d'ouvriers, le voici dans l'âme un peu bien intellectuelle de Henri, le héros du drame. Gaîté, désir, épanouissement, danse : que s'envolent ran- cœurs, déceptions, désespoirs ! Voilà le thème vaste et court proposé à la rhétorique du poète : car se passer de rhétorique dans ce cas, il n'y faut point compter. Or, on se prend à remarquer bientôt que la formule d' " école" tient moins de place ici que la sincérité lyrique ; qu'une fraîcheur nullement empruntée rajeunit les images et les sentiments; que la langue, peu cérébrale, a de la transparence, de la tendresse, de la force ; que le vers même, perdant tout caractère machinal, se diversifie, se transforme avec une infinie délicatesse dans les passages d'un rhythme à l'autre, — enfin que la rhétorique, souvent, cède le pas à la psychologie. Si M. Chennevière est un charmant lyrique, je discerne en lui déjà plus : un remar-

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