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PETITS DIALOGUES GRASSOIS 749

Madame de Chatel. — Quel est ce jeu si impres- sionnant ?

L'Abbé Pastorelli. — J'accroche à mon mur une cible et, m'éloignant jusqu'à l'autre extrémité de la place, je tire, à intervalles réguliers, dix coups de carabine, suivis de dix coups de revolver, dessinant ainsi sur le petit carton noir et blanc une sorte de spirale de trous dont le premier commence à l'angle gauche supérieur et dont le dernier perce le milieu exact. Puis je laisse exposer cette œuvre toute l'après-midi à la curiosité publique.

Monsieur de Chatel. — Tiens ! j'avais en effet re- marqué, en entrant, une cible très délicatement travaillée. Je ne me doutais pas...

L'Abbé Pastorelli. — Qu'elle fût de moi... Tout le mérite en revient à ce brave Bellacoscia. Quel homme méconnu que ce héros du maquis !... Bref, moyennant cette petite fantasia un peu profane, je me suis procuré, non pas la douce paix évangélique, mais une sorte de neu- tralitée armée, tout au moins le jour... car la nuit, dans ces pays pleins de chevalerie et de romantisme, demeure obstinément consacrée aux sérénades.

Monsieur de Chatel. — On vous en donne souvent?

L'Abbé Pastorelli. — Toutes les nuits en été et deux fois par semaine en hiver.

Madame de Chatel. — C'est affolant !... Que faites- vous ?

L'Abbé Pastorelli. — Mon Dieu ! madame, je suis un peu las. Je suis entré à leur égard dans une sorte d'état bizarre et complexe où il entre tellement de mépris que cela m'empêche d'agir. Mais comme, d'un autre côté, je ne puis laisser impunies toutes ces offenses, je me venge

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