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74^ LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

L'Abbé Pastorelli. — Rien madame ; j'ai attendu. Oh ! pas longtemps. A midi, la délégation maçonnique d'Opio, qui se confond ici intimement avec l'orphéon municipal, vint sous ma fenêtre me donner, comme à une jolie fille, une sérénade : l'orchestre comprenait un tam- bourin, un saxophone très malade, trois sifflets, deux vieilles trompes d'automobiles et quatorze casseroles. Il a commencé par l'ouverture ai Aïda et fini par la Carmag- nole un pot-pourri mêlant des reliefs de cantiques parodiés, des chansons de café-concert, des scies en honneur sous le second Empire, et quelques couplets de caserne assez... ingénus. Le soir, bombardement de mes persiennes par la jeunesse dorée, avec accompagnements de chants et d'invectives.

Cela dura deux ans. Je vous passe les farces scatolo- giques dont l'insistance remplace l'ingéniosité, les invita- tions à me pendre sous forme de corde suspendue à la poutre saillante de ma façade, avec le nœud coulant tout prêt, à ma hauteur, mes chats massacrés, mon verger pillé, les dénonciations au préfet et à l'évêque, les calom- nies répandues sur le compte de ma brave gouvernante et toutes sortes de plaisanteries de ce genre... Bref, tous les loisirs de cette population ne semblaient uniquement destinés qu'à l'invention de moyens propres à hâter ma fuite. Je restais cependant, et cela les impressionnait tout de même... Comme seul moyen de défense : mon air froid et toujours... oh ! mais, bien entendu, sans un oubli... toujours mon gourdin à la main. Inutile de vous dire que je ne rencontrai jamais un seul de mes adversaires. Je les sentais, derrière les portes fermées, derrière les lattes des volets, derrière les buissons et les angles des clôtures^

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