Ouvrir le menu principal
Cette page n’a pas encore été corrigée


704 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

Monsieur de Chatel. — Et Natatoire ?... Vous comprenez, moi, je ne veux même pas m'enquérir de ce que fait cette stupide créature. Il est certaines occasions où, à sa seule rencontre, j'aurais envie de lui plonger la figure dans le fourneau.

Maurice. — Détestable cuisine !

Monsieur de Chatel. — Que vous êtes calme, ce matin !

Maurice. — C'est qu'il y a huit jours que je m'énerve. Aujourd'hui, l'épuisement et la résignation me tiennent lieu de tranquillité. Et puis, je ne vous cache pas que le moindre bouleversement compromettrait l'équilibre moral nécessaire à la compréhension de ce repas... goûteux... comme ils disent ici. On déjeûnera donc dans le salon du rez-de-chaussée, toutes portes ouvertes. J'ai fait un che- min de table de lierre et de violettes.

Et puis, même en supposant les pires déceptions, il nous restera toujours, outre le civet auquel Natatoire donne ses soins et tous les aromates de montagnes, ce jambon fumé de M. Manou, que je m'en fus chercher hier soir moi-même et qu'on mangera en respirant les odeurs de votre cher néflier du Japon invisible.

Monsieur de Chatel. — Trêve de lyrisme, mon cher Maurice ! soyons tout à la vie pratique et voyons plutôt ce que nous veut ce brave petit cochon, rose comme la cuisse d'une nymphe de Boucher et vif comme une anguille inquiète. Petit cochon rose, est-ce que, craignant que nous ne manquions de charcuterie, tu t'offres de toi-même ?

Le Cochon Rose, [furieux grognements négatifs et reniflements véhéments du sol de faire. — Meuh... meuh !... mm...

�� �