Ouvrir le menu principal
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



l'âme alors, irritée, déréglée, que rien ne fléchit, veut aussi des minutes d'humaine éternité. Une voix en elle lui crie : " Demeure... " Il n'est pas, pour les êtres, d'autre manière de demeurer que de tendre vers l'amour. Quel amour ." Hélas ! ici, non la douceur, non la tendresse, mais cet amour de violence et d'imagination qui fait s'appeler et se joindre deux bouches rouges et brûlantes, dans le pays de l'œillet !

Espagne voluptueuse, c'est vous-même qui pour moi serez cet ardent, ce muet complice. En regardant votre peuple léger, brillant, qui brûle et danse comme les étincelles d'un brasier, et dont le visage torturé de joie semble celui d'un damné en para- dis, je croirai avoir sous mes yeux le spectacle de mon propre cœur. Je vivrai là solitaire et méditative. Je n'échangerai avec aucune créature mon amitié ; je trouverai dans l'espace ce qu'il faut d'appui à mon rêve : les plus lourds regards, les plus chargés de détresse et de vie ne se portèrent point sur d'autres yeux, mais sur l'infini, et c'est avec ce qu'ils ont laissé de soupirs et d'amour sur cette surface immobile, que je croiserai mon âme.

— Mais l'âme, qu'en faites-vous, ouragans embaumés d'Espagne ?

Hélas ! à quelle cruauté, à quel égoïsme effréné doit atteindre la religion de soi-même sur cette terre consacrée au bonheur ! Rien ici ne suscite