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nerfs au Carnaval, je posséderai toute ma détresse.

C’est pour cela que je vous aime. Le faste, le deuil et la gloire vous les contenez dans les catafalques de vos églises, dans le nom seul des provinces de Castille ou de Navarre, comme sur vos places éclatantes s’étalent l’amour et la cruauté. Si pitoyable que j’aie été je ne repousserai pas vos jeux féroces, j’aurai pour vos jeunes dieux cornus les regards de Pasiphaé. Je ne chercherai pas à amortir le mal que vous me ferez. Vos saintes vierges, dans leurs niches noires, et tandis que coulent leurs larmes comédiennes, se protègent de deux fines mains le cœur. Je ne protège pas mon cœur.

Dans l’immense arène que vous êtes tout entière, Espagne, je ne recherche point la " place d’ombre " comme font les élégants de vos cités pour les courses de taureaux, mais je prends une " place de soleil " avec les pauvres, les humbles, les véritables, ceux qui portent la fleur de grenade et le couteau, et qui, quand la nuit est venue, aux sons des guitares rageuses, chantent, dansent, se désirent et se tuent, éclatent comme un sol brûlé sous le ciel sec des nuits d’Espagne...

Ah, sous ce ciel uni, d’un bleu qui le soir seulement pâlit, se borde d’un peu de rose, quel cœur ne désespérerait ! Pour une âme trop sensible, un ciel si beau, c’est déjà une grande source de douleur ; un ciel si beau fait rêver d’éternité ;