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6o8 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

Admirable et pathétique conflit : pitié pour l'affection filiale rebutée, et terreur devant la sécheresse où l'amour peut amener un cœur maternel ; conflit tragique parce qu'entre un tel fils et une telle mère il est fatal, sans issue. Que lui a-t-il donc manqué pour nous satisfaire ? Tout simplement d'être porté dans ces régions de l'âme où un conflit devient conscient, où il se clarifie et prend de la grandeur. Mais M. Bataille ne hait rien tant que les sentiments clarifiés, que les conflits où la volonté intervient. A ses yeux ce sont des sentiments appau- vris et des conflits artificiels. Il aime les heurts de forces troubles et tout ce qui risquerait de se présenter dans la nudité tragique, il a soin de l'envelopper de mille séductions, de le noyer dans des effets d'atmosphère où à souhait son dessin s'estompe. Personne ne joue comme lui en ne cessant de presser l'une et l'autre pédale : celle qui rend le son plus doux et morbide et celle qui le brouille en de confuses har- monies. Jamais Henry Bataille ne croit avoir fait assez pour plaire ; toutes les coquetteries, toutes les séductions il les combine et les superpose. Personne, dirait-on, ne doute comme lui de la valeur de ses sujets. Il semble beaucoup moins vou- loir convaincre que griser, et émouvoir que séduire. Tactique féminine et qui se condamne par avance à l'éternel provisoire des victoires féminines.

M. Bataille a situé son beau sujet psychologique dans un monde de demi galanterie. Ce n'est pas sans intention. Par la complexité des éléments qui s'y combinent, une telle société présente à un virtuose de la nuance rare les combinaisons les plus inédites. Un monde où les mœurs sont flottantes, où la vie est instable et hasardeuse, est infiniment riche en problè- mes, en relations inattendues, en interversions de toutes sortes. Toujours il a tenté le psychologue, mais rarement l'auteur dramatique y a construit une œuvre forte. Cette séduisante incertitude des usages et des mœurs est beaucoup plus féconde en indications qu'en réels matériaux dramatiques. On y peut découvrir le sujet d'un bon drame, jamais d'une bonne tragé- die. Car il faut au tragique le sentiment de l'inéluctable ; il faut que la victime soit enfermée entre des murs ; il ne

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