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59^ LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

gagné et qu'il faut, en toute justice, gagner le pain que l'on doit manger.

Tu as bien raison aussi d'avoir ce dégoût des écrivains poseurs. Ces gens-là sont désagréables et nuisibles, désagréables à cause de leur égoïsme prétentieux et nuisibles pour l'exemple qu'ils en donnent. On croit que c'est ça la littérature. Il y a même des imbéciles, comme un employé de mon bureau, qui en prennent les apparences. Grands cheveux, grande cravate et petit air supérieur, il faut voir ce bonhomme. Il me rappelle de très près l'histoire de Samson dont toute la force rési- dait dans la chevelure. Et puis, d'un autre côté, il n'y a de bon, comme tu le fais, que le travail bien calme d'un homme ordonné, qui vit la vie de tous les hommes et qui par cela même en connaît mieux les idées et les sentiments.

Mon existence n'a pas beaucoup changé pour ce qui est des ennuis et des chagrins, mais elle s'est matériellement améliorée. Je connais moins la dèche, et par une bizarrerie naturelle, c'est à présent que je pourrais m'en offrir quelques-uns, que je me prive absolument d'alcools. Je m'ennuie beaucoup, mon bon vieux, c'est devenu une vieille habitude, et même c'est dans ces moments d'ennui que je mis sens à mon aise. Je suis moi, le Philippe de toute la vie, je me reconnais et me savoure.

Histoires de prostitution, toujours. Documents humains ! J'en vois chaque jour. Je suis servi par

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