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LETTRES DE CHARLES-LOUIS PHILIPPE 589

d'un instrument de travail. Quelles remontrances je lui ai faites ! Je lui parlais d'agents des mœurs, de syphilis, je lui parlais surtout de la vieillesse misérable qui serait la sienne. Ses raisons étaient toujours plus fortes que les miennes. Les agents des mœurs ne courent pas après les robes de soie parce qu'elles peuvent avoir des protecteurs puis- sants. La syphilis, on n'en meurt pas. La vieillesse, ma petite Maria espère ne pas dépasser la quaran- taine. Enfin, j'ai invoqué les principes de morale, et puis j'en suis venu à des aperçus pratiques: Tu seras toujours heureuse à la fin de la semaine de toucher tes 1 5 ou 20 francs, et si l'on t'arrêtait tu pourrais protester en disant que tu gagnes ta vie par ton travail. Quel sera le résultat de mes con- seils ^ Je n'en sais rien. Toujours est-il que lundi dernier elle avait l'intention de reprendre son métier de fleuriste.

Je te cite ces faits brutaux, et je ne m'appesantis pas. Tu comprends facilement quel est le chagrin d'un homme, impuissant devant ces choses. Et si tu connaissais cette jeune fille, tu verrais combien la Nature l'avait faite bonne et tendre et belle puisque la vie de Paris n'a pas pu parvenir à la gâter. Elle n'était pas faite pour cette vie. C'était une bonne enfant intelligente et tendre qui aurait dû passer une vie tranquille. Si tu voyais son petit visage simple, ses beaux cheveux noirs, ses yeux et son corps délicat, tu comprendrais bien doulou-

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