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SS6 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

sœur aussi. Pour peu que je me mette en ménage j'aurai de l'avance à être en famille.

Une autre raison qui m'a fait tarder, c'est qu'il fallait que ma lettre te fît de la peine. Tu m'as envoyé ta pièce : "Les jeunes époux. " Je l'ai lue très attentivement, avec toute la bienveillance dont je suis capable (et j'en ai des trésors lorsqu'il s'agit de toi). Or je ne la trouve pas bonne du tout. Je t'assure que Lemonnier t'a dit la vérité. Cette pièce a été conçue hâtivement et écrite plus hâtivement encore. J'y trouve bien quelques-unes des qualités de tes productions littéraires, mais je les y trouve parce que je connais fort bien toutes tes œuvres. Ici tu ne sors jamais du banal. Ton amie et toi vous vivez très peu, on ne sent pas en vous cette existence profonde de deux âmes qui s'aiment. Vos actes sont quelconques, je vois bien des esquisses de beaux sentiments et de beaux discours, mais des esquisses seulement. Je ne puis mieux dire : c'est banal d'un bout à l'autre. Je ne veux pas insister là-dessus. Tu reconnaîtras toi- même la vérité de ce que je te dis lorsque tu te reliras, mais relis-toi en oubliant toute la ferveur que tu as voulu mettre dans tes paroles. Dédou- ble-toi, sois froid, et tu verras combien j'ai raison. Il y a une qualité pourtant assez importante : tu dialogues très naturellement. Les paroles sont de vraies paroles et les mouvements d'émotion de vrais mouvements d'émotion. Je pense même

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