Ouvrir le menu principal
Cette page n’a pas encore été corrigée


54^ LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

exilés sur les sables du désert, dans des cavernes faites d'un trou entre deux roches brûlantes, qui n'avaient pas tous les jours de l'eau à boire, jusqu'à ceux qui, dans des forêts sombres, sous des branchages arrangés en toît de cabane, estimaient qu'ils n'avaient pas plus besoin que le Fils de l'Homme d'une pierre où poser leur tête. Tu les connus tous pour les admirer et tâcher de te modeler sur eux, mais dans la mesure où tu sentais que Dieu te le permet- tait. Que serions-nous devenus, si tu étais parti dans ces bois où l'on finit toujours par rencontrer quelque silen- cieux monastère à la porte duquel il suffit de sonner ?

Le ciel est un bien beau pays, beaucoup plus grand que la Terre, où l'on est heureux de vivre dans la société des Saints qui furent les compagnons de nos pensées, de Saint Joseph qui n'avait pas, lui non plus, de temps à perdre avec son métier de charpentier, et de la Vierge Marie qui nous suit des yeux avec compassion.

L'église était pour toi beaucoup plus qu'un endroit où tu travaillais encore : tu n'y entrais jamais que comme dans la maison de Dieu. Ce n'était pas surtout pour gagner un peu d'argent que, chaque Samedi, tu balayais les nefs et le choeur, secouais les tapis, rangeais les chaises, préparais les bougies, mais parce que la maison de Dieu doit être nette, et qu'il faut que pas un seul grain de poussière ne s'y ren- contre sur les autels, sur les dalles. Si, trois fois par jour, trente années durant, tu sonnas l'Angelus, ce fut pour rappeler à notre petite ville que l'heure était venue de penser à la prière. Tu partais, l'hiver, à six heures du matin, avec une lanterne, dans la neige que les rafales ac- cumulent au tournant des chemins contre les murs.

Les dimanches étaient pour toi de beaux jours de repos

�� �