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544 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

main, ce serait du joli, n'est-ce pas ? Il y en a quatre- vingt-dix-neuf sur cent qui ne voudraient plus travailler du tout, car nous les connaissons bien : ils ne vont au travail qu'en rechignant. Nous connaissons aussi Lavocat, qui ne fait œuvre de ses dix doigts, et dont les gamins vont voler, la nuit, dans les champs et les poulaillers, les légumes qui se laissent toujours arracher et les poules qui, parfois, eflParées, en gloussant résistent. Cela ne vit que de rapine. Lavocat n'aura rien de plus pressé, quand il possé- dera de l'argent, que de " faire " tous les marchands de vins d'ici, depuis l'Etang-du-Goulot jusqu'à la route d'Avallon. Aussi bien Lavocat est-il un de ceux qui ne connaissent pas leurs limites.

Tu étais bien poli avec tout le monde. C'est toi qui saluais, toujours le premier, les commerçants et les rentiers.

Tu passais dans les petites rues, poussant une brouette, ou les bras ballants, avec des chaussons de laine dans une paire de sabots que tu ne trouvais pas lourds. Il n'y a rien de tel, dans la vie, que de ne pas prendre l'habitude de des bottines vernis. Et j'ai beau faire, beau tâcher, quel- quefois, de me répandre, de devenir quelque chose — oh ! de bien loin, tout de même ! — comme un jeune homme du monde : c'est toujours de toi que je viens, c'est toi qui me précèdes partout. Mes yeux, toute mon enfance, ne se sont reposés que sur ton front soucieux, sur tes mains déformées, à la longue, par le manche de la pioche, de la scie, de la bêche, de la cognée. Si je songeais à mes aïeux, c'étaient d'autres fronts pareils au tien, d'autres mains pareilles aux tiennes, que je voyais, dans une pauvre ferme d'un pays de rochers et de bruyères, d'autres visages pareils au tien.

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