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A MON PÈRE 543

soi-disant calfeutrés dans le plus absolu désintéressement, et de qui le moindre geste dément toutes les paroles. Mais on est allé si loin chercher des modèles de vie — jusque chez ces héros d'exception dont l'âme ne pouvait se dé- ployer toute que sur l'immensité du monde transformé en champ de bataille, — que je ne puis point ne pas songer à toi, héros obscur et que n'environnent ni le fra- cas de l'artillerie ni les éclats des trompettes, saint qui ne seras jamais canonisé.

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��Tu devinais, tu savais bien que nous devons connaître chacun nos limites, et que ce n'est point se condamner, se résigner à la médiocrité, que d'être satisfait de ne cul- tiver que son propre jardin, sans convoiter celui du voisin, ceux de la petite ville, ceux de la terre. Il suffit qu'il y pousse des légumes sains, que les arbres fruitiers ne soient pas improductifs, et que les rosiers, — même dans un humble jardin, il y a place pour les fleurs, — soient, vers le mois de mai, bien jolis avec leurs roses. Tu savais que les riches ont bien des raisons pour être ce qu'ils sont. Tu ne connaissais point la jalousie. Tu n'enviais ni ceux qui peuvent vivre à ne rien faire, ni ceux qui gagnaient beau- coup plus que toi d'argent en se fatiguant bien moins, dans des ateliers, dans des boutiques. C'est ainsi qu'un cercueil, que l'on fait en une nuit, coûte cinquante francs. Pour gagner ces cinquante francs, il a fallu que tu travail- les bien des jours. Cela était tout naturel. Tu ne réclamais ni le partage des biens, ni le bouleversement de la société. Si tous les ouvriers devenaient riches du jour au lende-

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