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542 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

ambulants que l'on appelle chez nous des " bohémiens ". Tu ne les aimais pas, ces hommes qui ne se fatiguent guère, toi l'acharné au rude travail, ces errants qui vont d'un bout à l'autre du monde, toi qui, de trente années, ne sortis point de ce bourg de trois mille âmes, où tu es encore maintenant. Mais tu ne les injuriais, ne les repous- sais point. Et tu ne me grondais pas lorsque tu apprenais qu'à une pauvre femme qui paraissait bien malheureuse, j'avais donné deux sous.

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��On voit des jeunes gens qui traversent des salons, habiles à ne pas glisser sur le parquet luisant, précédés, environnés par le renom de toute une race. D'avoir sou- vent regardé ces portraits de leurs aïeux, peints à l'huile et qui sont accrochés dans des galeries de châteaux, ils auront toujours sur le front, dans les yeux, comme le rayonnement d'une gloire impersonnelle. D'autres ont eu pour pères ces héros au sourire si doux, et qui n'étaient suivis que d'un seul houzard. Mais c'est déjà beaucoup de n'être, à la distance réglementaire, suivi que d'un seul serviteur. Tu n'étais pas accompagné, toi, respectueuse- ment. Tu fus de ceux qui suivent.

Oh ! Ce n'est point par une espèce de forfanterie à re- bours que je me réclame de toi. Je ne connais que trop les moqueurs et les jaloux, — puisque, parfois, déformé par la vie à Paris, je suis un des leurs, — intéressés à découvrir à tout sentiment profond, ceux-là, des motifs ridicules, ceux-ci, des raisons basses. Je ne connais que trop les phraseurs, avec des inflexions de voix sourdes, les

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