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ISABELLE 43

pardonne ! on vous a fait du feu !... Vous vous en seriez peut-être bien passé. . . Il est vrai que les nuits de ce pays sont humides, et la saison, cette année, est anormalement pluvieuse. . .

Il s'était approché du foyer vers lequel il tendit ses larges paumes tout en écartant le visage, comme un dévot qui repousse la tentation. Il semblait disposé à causer plutôt qu'à me laisser dormir.

— Oui, commença-t-il, en avisant ma malle et mon sac de nuit, — Gratien vous a monté vos colis.

— Gratien, c'est le cocher qui m'a conduit ? deman- dai-je.

— Et c'est aussi le jardinier ; car ses fonctions de cocher ne l'occupent guère.

— Il m'a dit en effet que la calèche ne sortait pas souvent.

— Chaque fois qu'elle sort c'est un événement histo- rique. D'ailleurs Monsieur de Saint-Auréol n'a depuis longtemps plus d'écurie ; dans les grandes occasions, comme ce soir, on emprunte le cheval du fermier.

— Monsieur de Saint-Auréol ? répétais-je, surpris.

— Oui, dit-il, je sais que c'est Monsieur Floche que vous venez voir ; mais la Quartfourche appartient à son beau-frère. Demain vous aurez l'honneur d'être présenté à Monsieur et à Madame de Saint Auréol.

— Et qui est Monsieur Casimir? dont je ne sais qu'une chose, c'est qu'il prend du racahout le matin.

— Leur petit-fils et mon élève. Dieu me permet de IMnstuire depuis trois ans. — Il avait dit ces mots en fermant les yeux et avec une componction modeste, comme s'il s'était agi d'un prince du sang.

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