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savants, ni des archéologues, mais des peintres et des poètes qui ont fait le succès d’Isadora Duncan. Certains, sans doute, ont pu se plaire à ses essais, comme à une reconstitution hasardeuse de la danse des Panathénées, mais la valeur d’Isadora Duncan ne réside nullement, en dépit même de ses intentions, dans un effort de reconstitution archaïque. Je crois que notre émotion première, en face d’elle, n’aura pas été d’une nature bien différente de celle que nous éprouvons à une belle séance de boxe et de lutte, ou bien même devant de simples exercices gymniques. Ici, nous avons admiré ce spectacle, encore jamais offert aux Français du XX’ siècle : une femme belle, aux nobles lignes, sans marques de déformation, à l’aise sous la tunique flottante, dans l’expansion hygiénique de tout son corps. Que la musique accompagne les gestes : une joie double étreindra notre cœur, une joie neuve capable de nous arracher des larmes. " Regret du paradis perdu " ai- je entendu dire à quelqu’un qui pleurait à côté de moi. L’image est juste. Aspiration, retour, envol vers ce qui put être, vers ce qui ne fut peut-être jamais- vers la beauté active des formes humaines, aux premiers âges du monde, avant l’art.

On peut dire après cela qu’Isadora Duncan manque de fantaisie, de principes, de discipline, répète à satiété le même mouvement, que dans la mimique passionnelle elle est ennuyeuse et médiocre, qu’elle ne saurait rien exprimer... N’exprimer rien ! voilà précisément sa qualité essentielle. Aussi ne saurions-nous trop la blâmer — au lieu de s’en tenir à quelques bonds gracieux, d’expression presque toute animale, sur un menuet de Glück, sur un " moment musical " de Schubert, — d’avoir prétendu, l’autre jour, incarner en sa seule personne dansante toute la tragédie d’Orphée. La tentative est infiniment ridicule ; ici commence, mais seulement ici, l'esthétisme le plus détestable.

Danse sans art ? Soit ; et pas même danse ! Un art et une danse en naîtront-ils ? Cela se peut. Mais il aura suffi d’un pied large foulant le sol, d’un torse haut sur deux longues et fermes cuisses, d’un bras lancé, d’une jambe croisant l’autre, de la marche décente, simple et naïve, devant nous, d’une créature