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464 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

sentais plus aucun désir de la questionner davantage ; subitement incuricux de sa personne et de sa vie, je restais devant elle comme un enfant devant un jouet qu'il a brisé pour en découvrir le mystère ; et même l'attrait physique dont encore elle se revêtait n'éveillait plus en ma chair aucun trouble, ni le battement voluptueux de ses pau- pières, qui tantôt me faisait tressaillir. Nous causions de son dénuement ; et comme je lui demandais ce qu'elle se proposait de faire :

— Je chercherai à donner des leçons, répondit-elle ; des leçons de piano ; ou de chant. J'ai une très bonne méthode.

— Ah ! vous chantez ?

— Oui ; et je joue du piano. Dans le temps j'ai beau- coup travaillé. J'étais élève de Thalberg. .. J'aime aussi beaucoup la poésie.

Et comme je ne trouvais rien à lui dire :

— Je suis sûre que vous en savez par cœur ! Vous ne voudriez pas m'en réciter ?

Le dégoût, l'écœurement de cette trivialité poétique achevait de chasser l'amour de mon âme. Je me levai pour prendre congé d'elle.

— Quoi ! vous partez déjà ?

— Hélas ! vous sentez bien vous aussi qu'il vaut mieux maintenant que je vous quitte. Figurez-vous qu'auprès de vos parents, à l'automne dernier, dans la torpeur de la Quartfourche, je m'étais endormi, que je m'étais épris d'un rêve, et que je viens de m'éveiller. Adieu.

Une petite forme claudicante apparut à l'extrémité tournante de l'allée.

— Je crois que j'aperçois Casimir, qui sera content de me revoir.

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