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ISABELLE 463

coup mon long rêve ; je n'en étais pas réveillée ; oui, comme en rêve, je suis descendue dans le jardin, épiant chaque bruit, chaque ombre ; j'attendais ; j'attendais encore...

Elle recommença de sangloter :

— Non, je n'attendais plus, reprit-elle ; je cherchais à me tromper moi-même, et par pitié pour moi j'imitais celle qui attend. Je m'étais assise devant la pelouse, sur la plus basse marche du perron ; le coeur sec à ne pouvoir verser une larme ; et je ne pensais plus à rien, ne savais plus qui j'étais, ni où j'étais, ni ce que j'étais venu faire. La lune qui tout à l'heure éclairait le gazon disparut ; alors un frisson me saisit ; j'aurais voulu qu'il m'engourdît jusqu'à la mort. Le lendemain je tombai gravement malade et le médecin qu'on appela révéla ma grossesse à ma mère.

Elle s'arrêta quelques instants.

— Vous savez à présent ce que vous désiriez savoir. Si je continuais mon histoire, ce serait celle d'une autre femme où vous ne reconnaîtriez plus l'Isabelle du médaillon.

Déjà je reconnaissais assez mal celle dont mon imagi- nation s'était éprise. Elle coupait ce récit d'interjections, il est vrai, récriminant contre le destin, et elle déplorait que dans ce monde la poésie et le sentiment eussent tou- jours tort ; mais je m'attristais de ne distinguer point dans la mélodie de sa voix les chaudes harmoniques du cœur. Pas un mot de regret que pour elle ! Quoi ! pensais-je, est-ce là comme elle savait aimer ?. . .

A présent je ramassais les menus objets de la corbeille renversée, qui s'étaient éparpillés sur le sol. Je ne me

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