Ouvrir le menu principal
Cette page n’a pas encore été corrigée


460 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

regard vague, les paupières battantes, elle murmurait :

— Oublié de la reprendre ! Comment avais-je pu l'ou- blier ?

— Sans doute aurez-vous cru qu'elle lui était parvenue, qu'il était venu la chercher...

Elle ne m'écoutait toujours pas. Je fis un mouvement pour me ressaisir de la lettre ; mais elle se méprit à mon geste :

— Laissez-moi, cria-t-elle en repoussant brutalement ma main. Elle se souleva, voulut fuir. A genoux devant elle, je la retins.

— N'ayez pas peur de moi. Madame ; vous voyez bien que je ne vous veux aucun mal ; et comme elle se rasseyait, ou plutôt retombait sans force, je la suppliai de ne pas m'en vouloir si le hasard avait choisi pour elle un confident involontaire, mais de me continuer une confiance que je jurai de ne point trahir ; ah ! que ne me parlait- elle à présent comme à un ami véritable et comme si je ne savais rien d'elle qu'elle-même ne m'eût appris ?

Les larmes que je répandais en parlant firent peut-être plus pour la convaincre que mes paroles.

— Hélas ! repris-je, je sais quelle mort misérable vous enlevait, ce même soir, votre amant... Mais comment avez- vous appris votre deuil ? Cette nuit que vous l'attendiez, prête à fuir avec lui, que pensâtes-vous, que fîtes-vous en ne le voyant pas apparaître ?

— Puisque vous savez tout, dit-elle d'une voix désolée, vous savez bien que je n'avais plus à l'attendre, après que j'avais averti Gratien.

J'eus de l'affreuse vérité une intuition si subite que ces mots m'échappèrent comme un cri :

�� �