Ouvrir le menu principal
Cette page n’a pas encore été corrigée


ISABELLE 459

— Qu'est-ce donc qui vous avait donné si grand désir de me connaître ?

Elle ne faisait plus mine de partir. J'avais traîné jus- qu'en face d'elle, près d'elle un épais fagot où je m'étais assis ; plus bas qu'elle, je levais les yeux pour la voir ; elle s'occupait enfantinement à pelotonner des rubans de crêpe et je ne saisissais plus son regard. Je lui parlai de sa minia- ture et m'inquiétai de ce qu'avait pu devenir ce portrait dont j'étais amoureux ; mais elle ne le savait point :

— Sans doute le retrouvera-t-on en levant les scellés... Et il sera mis en vente avec le reste, ajouta-t-elle avec un rire dont la brusque sécheresse me fit mal. — Pour quel- ques sous vous pourrez l'acquérir si le cœur vous en dit toujours.

Je protestai de mon chagrin de la voir ne prendre pas plus au sérieux un sentiment dont l'expression seule était brusque, mais qui depuis longtemps m'occupait ; mais à présent elle demeurait impassible et semblait résolue à ne plus écouter rien de moi. Le temps pressait. N'avais-je pas sur moi de quoi violenter son silence ? L'ardente lettre frémissait sous mes doigts... J'avais préparé je ne sais quelle histoire d'anciennes relations de ma famille avec celle de Gonfreville, pensant l'amener incidemment à parler ; mais à ce moment je ne sentis plus que l'absur- dité de ce mensonge et commençai de raconter tout sim- plement par quel mystérieux hasard cette lettre (et je la lui tendis) était tombée entre mes mains.

— Ah ! je vous en conjure, Madame ! ne déchirez pas ce papier ! Rendez-le moi...

Elle était devenue mortellement pâle et garda quelques instants sans la lire la lettre ouverte sur ses genoux ; le

�� �