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ISABELLE 457

Sans doute m'avait-elle aperçu de loin, car ma voix ne parut pas la surprendre.

— Vous veniez pour acheter la propriété ? dit-elle, et sa voix que je reconnus me fit battre le cœur. Que son front découvert était beau !

— Oh ! je venais en simple visiteur. Les grilles étaient ouvertes et j'ai vu des gens circuler... Mais peut-être était-il indiscret d'entrer ?

— A présent, peut bien entrer qui veut ! — Elle sou- pira profondément, puis se reprit à son ouvrage comme si nous ne pouvions avoir rien de plus à nous dire. Ne sachant comment continuer un entretien qui peut-être serait unique, qui devait être décisif, mais que le temps ne me paraissait pas venu de brusquer, soucieux à'j apporter quelque précaution, et la tête et le cœur unique- ment pleins d'attente et de questions que je n'osais encore poser, je demeurais devant elle, chassant du bout de ma canne de menus éclats de bois, si gêné, si impertinent à la fois et si gauche, qu'à la fin elle releva les yeux, me dévi- sagea et je crus qu'elle allait éclater de rire ; mais elle me dit simplement, sans doute parce qu'alors je portais un chapeau mou sur des cheveux longs, et parce que ne me pressait apparemment aucune occupation pratique :

— Vous êtes artiste ?

— Hélas ! non, répliquai-je en souriant ; mais qu'à cela ne tienne : je sais goûter la poésie. Et sans oser la regarder encore, je sentais son regard m'envelopper. L'hy- pocrite banalité de nos propos m'est odieuse et je souffre à les rapporter...

— Comme ce parc est beau, reprenais-je.

Il me parut qu'elle ne demandait qu'à causer et n'était

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