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452 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

de l'allée était abîmé par les charrois. Je m'atten- dais au plus affreux saccage et fus joyeusement surpris, à l'entrée, de reconnaître bourgeonnant le " hêtre à feuilles de pêcher ", connaissance illustre ; je ne réfléchis pas que sans doute il ne devait la vie qu'à la médiocre qualité de son bois ; car, en avançant, je constatai que la hache avait déjà frappé les plus beaux arbres. Avant de m'enfoncer dans le parc, je voulus revoir le petit pavillon où j'avais découvert la lettre d'Isabelle ; mais, suppléant la serrure brisée, un cadenas maintenait la porte ; (j'appris ensuite que les bûcherons serraient dans ce pavillon des outils et des vêtements). Je m'acheminai vers le château. L'allée que je suivais était droite, bordée de buissons bas ; elle ne donnait pas sur la façade, mais sur le côté des communs ; elle menait à la cuisine et, presque vis-à-vis de celle-ci, ouvrait la petite barrière du jardin potager ; j'en étais encore assez éloigné lorsque je vis sortir du pota- ger Gratien avec un panier de légumes ; il m'aperçut, mais ne me reconnut pas d'abord ; je le hélai ; il vint à ma rencontre, et brusquement :

— Ah ben, Monsieur Lacase ! pour sûr qu'on ne vous attendait pas à c't'heure ! — Il restait à me regarder, hochant la tête et ne dissimulant pas la contrariété que lui causait ma présence ; pourtant il ajouta, plus douce- ment : — Tout de même le petit sera content de vous revoir.

Nous avions fait quelques pas sans parler, du côté de la cuisine ; il me fit signe de l'attendre et entra poser son panier.

— Alors vous êtes venu voir ce qui se passe à la Quart- fourche, dit-il, en revenant à moi, plus civilement.

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