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43^ LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

— Calmez-vous ! Calmez-vous : vous ne la verrez pas.

— Et pourquoi ne la pourrai-je point voir ?

— Parce qu'elle vient au milieu de la nuit, qu'elle repart presque aussitôt, qu'elle fuit les regards et... méfiez- vous de Gratien. — Son regard me scrutait ; je ne bron- chai point ; il reprit sur un ton irrité : — Vous ne tiendrez aucun compte de ce que je vous en dis ; je le vois à votre air ; mais vous êtes averti. Allez ! faites à votre guise ; demain matin vous m'en donnerez des nou- velles.

Il se leva, me laissa, sans que j'aie pu démêler s'il cherchait à réfréner ma curiosité ou s'il ne s'amusait pas à l'éperonner au contraire.

Jusqu'au soir mon esprit, dont je renonce à peindre le désordre, fut uniquement occupé par l'attente. Pouvais-je aimer vraiment Isabelle ? Non sans doute, mais, amusé jusqu'au cœur par une excitation si violente, comment ne me fussé-je pas mépris ? reconnaissant à ma curiosité toute la frémissante ardeur, la fougue, l'impatience de l'amour. Les dernières paroles de l'abbé n'avaient servi qu'à me stimuler davantage ; que pouvait contre moi Gratien ? J'aurais traversé fourré d'épines et brasiers !

Certainement quelque chose d'anormal se préparait. Ce soir là personne ne proposa de partie. Sitôt après souper, Madame de Saint-Auréol commença de se plaindre de ce qu'elle appelait " sa gastérite " et se retira sans façons, tandis que Mademoiselle Verdure lui préparait une in- fusion. Peu d'instants après Madame Floche envoya se coucher Casimir ; puis, sitôt que l'enfant fut parti :

— Je crois que Monsieur Lacase a grande envie

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