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LE LIVRE DE l'aMOUR 4I3

il point de honte à venir se réfugier là, à demander là bénédiction et asile, quand on n'apporte nul grand exploit à faire pardonner, ni gloire à dépouil- ler ni souffrance à endormir ? Certes, je sais alors deux choses que j'envierais : le tourment du héros qui ayant achevé son œuvre en est devenu l'esclave et se sent tiré par elle, ou le paysan qui travaille du matin au soir et se repose le septième jour parce que c'est dimanche... Mais la splendeur secrète de l'Automne n'admet ni rébellion ni scrupule : comme la procession qui arrête la foule dans les avenues, elle passe! Voici les calmes vendanges couronnant la plaine, le charretier qui debout dans la voiture laisse de temps en temps retomber les rênes pour souffler sur ses mains rouges la piqûre du brouillard, les basses grappes posées entre deux mottes, la fille qui contre son sabot nettoie une serpe terreuse. Sécurité, silence ! On n'entend pas un bruit. Ah, les chansons fades qui nous berçaient de voyelles longuement traînées, elles ont dû rester ]à-bas dans le jardin bleu : ici nul ne chante. Les songeuses qui sous l'allée couverte passaient et repassaient sans oser traverser la clairière de soleil, les mélancoliques qui chantent pour ne pas pleurer, les solennelles qui ne veulent pas croire à ce qu'elles chantent, et celle venue des bois, dont la voix était comme un mousseron gonflé de buée lunaire ! Mais ici nul ne chante. Le temps des grâces est bien fini ; c'est l'heure d'aller voir dans le pressoir et dans la grange

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