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4IO LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

Larmes qui bientôt s'apaiseront, suave tristesse qui promet de longues heures sereines ! Cepen- dant elle dort, et elle sourit. Elle rôde dans des salles souterraines où l'or amoncelé palpite sous des lueurs de vitraux ; puis elle sort, et le jardin désert lui envoie mille pages aventureux, mille chevaliers qui pour la contraindre à une réponse l'entourent de leurs épées plantées en terre ; mais elle s'esquive d'un bond, car sur les tilleuls, comme un nuage d'encens qui élargit le feu des cierges, une avalanche de violettes se vient douce- ment poser. Ainsi, enfant, son sourire a captivé le sommeil même ! Petite sœur de la Lune, que sa tendre gaîté précède partout comme un ordre, ouvrant devant elle et refermant sur ses pas un monde délicieux et docile où toutes choses lui obéissent ! Heureuse, heureuse pendant qu'elle dort ! Combien plus heureuse pourtant, lorsqu'à son réveil l'odeur des lys pour la recevoir s'avan- cera jusqu'à la fenêtre, que le soleil brillera dans la pluie comme une palme, et que la pensée de l'amour, comme une gorgée d'eau froide, entrera dans son âme tout d'un trait.

II

Dans la cour, auprès du puits, un seau plein d'eau rêve au soleil qui tourne ; déjà la lumière l'a quitté ; l'eau tiède a la couleur de la noisette, et une feuille de laurier s'y pose, verte et poudreuse.

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